Entrer dans le paysage
Je ne conçois pas la photo de paysage, tout comme le reste de la photo, comme une activité annexe. Il ne m'arrive jamais de faire des photos opportunistes, en prenant l'appareil au fond du sac ou du coffre. Je pars toujours pour une sortie entièrement dédiée à la photo, et seul. J'ai besoin d'une certaine concentration, d'être à ce que je fais. Il me faut « entrer sans le paysage ». Le reste du temps, l'appareil reste dans le placard.
J'aime regarder le paysage dans sa globalité avant de me laisser porter par ses couleurs, sa texture, ses formes. Peu à peu ma vision change. Le paysage est toujours le même, bien entendu, mais je deviens sensible à certaines choses, j'en élimine mentalement d'autres. J'ai l'impression de me glisser dans une dimension propre au lieu et au moment. Une vision abstraite et poétique s'impose à moi. Une condition m'est souvent nécessaire : le silence. Or je l'ai trouvé en Lorraine plus qu'ailleurs : point de voitures bien entendu, mais surtout pas d'avion ni même de chiens, les fermes étant espacées (la Lorraine est un pays d'open-field).
J'aime circuler en voiture et à pied tour à tour. La voiture donne une vue d'ensemble qui gomme les détails. Formes et couleurs défilent, les détails disparaissent, le paysage semble se montrer sous un jour nouveau, un peu dépouillé. Chacun a ainsi fait l'expérience de l'abstraction quand la campagne se résume à des traits et des couleurs. C'est peut-être plus manifeste en train car en voiture ça demande un peu d'entraînement pour ne pas devenir un danger public, même si tout cela se produit à des vitesses allant de 30 à 60 km/h.
Je traduis cette impression abstraite par des photos dépouillées, aux formes claires, aux couleurs marquées. La Lorraine se prête particulièrement à ce jeu par son réseau serré de routes de petite taille, souvent désertes et ne joignant que de petits villages, loin des villes et même des bourgs.
Coup de zoom sur les abstractions naturelles ! Clic/agrandir
La marche au contraire rapproche de la nature. C'est un véritable coup de zoom ! L'œil se porte sur des détails microscopiques. Au lieu des défilés de champs, le marcheur baisse la tête et regarde les fourmis et le moindre caillou. Un paysage nouveau et complet se dévoile à ses pieds. Je ne me laisse pas absorber par ces premiers instants car mon but n'est pas naturaliste.
Je préfère, après cette vision concrète et détaillée du prime abord, me laisser bercer par l'ambiance du lieu. Mon regard se porte sur les abstractions naturelles. Bois, feuilles, roches, glace et surtout eau forment des fresques et des peintures. Il n'est que de regarder !
> Lire aussi Poésie et art abstrait naturel (blog Photo nature abstrait graphique)
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30 Juillet 2008 à 18:20 dans
- PRÉSENTATION


